Édito - ACCompagnement et action médico-sociale par Lizzie Clavereau

L’année dernière, « La crise » était déjà bien d’actualité. Comme si le fait qu’elle en soit le thème principal du CFP, ne suffisait pas, dans la même période, le confinement succédait au mouvement des Gilets Jaunes. Heureusement, cette année, ce sont les « Frontières » qui nous rassemblent.

Et attention, car le 25 novembre 2020, c’est tout bientôt… Et, alors que la 12e édition du Congrès Français de Psychiatrie (CFP) doit pour la première fois, s’ouvrir en ligne, la 3e journée de l’ACCompagnement et de l’action médico-sociale sera également à ses côtés.

Quelle frontière y a-t-il entre une approche fondée sur les besoins des patients face à celle, fondée sur leurs droits ? La crise ou peut-être devrions nous dire les crises (politique, économique, sociale et culturelle), liées au Covid-19, que nous traversons dans un flou total, avec de nombreux rebondissements, nous amènent plus que jamais à revisiter, questionner, co-créer les espaces d’accompagnement dans l’espoir et la quête que les actions médico-sociales soient les plus « soigneuses » possible.

J’en ai besoin, est-ce que j’en ai le droit ?

Au nom du prendre soin, la démarche d’accompagnement des usagers peut parfois rimer avec isolement, injonction, enfermement et bien d’autres situations qui méritent d’être examinées au travers du prisme de l’éthique. En santé mentale, les Droits de l’Homme ont eu la vie dure. Et aujourd’hui, on nous parle d’une approche d’un accompagnement « par les droits » ? D’où ça sort ?
La valeur morale d’un accompagnement de la personne vulnérable qui s’appuie sur ses besoins, n’est-elle pas suffisante ?
Comment invoquer le juridique sans que celui-ci ne se retourne contre la personne elle-même ? (JACC1D). Et la famille dans tout ça ? (JACC1E)
En ouverture de la journée, il sera question de la Convention Internationale relative aux Droits des Personnes Handicapées (CIDPH) et de la transformation qu’elle peut apporter dans la reconnaissance et le respect des droits des personnes vulnérables (JACC1A). Puis, autour de cette approche d’accompagnement fondée sur les droits du bénéficiaire, Delphine MOREAU de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) proposera une réflexion sociologique. Son intervention viendra pointer ce que cette approche peut venir agiter, soutenir, déplacer ou confirmer de la prise en charge des troubles psychiques (JACC1B), une question délicate.

L’empire contre-attaque

Malgré la destruction des hauts murs de pierres de l’Empire Médical, l’Etoile scientifique maintient son emprise sur la galaxie des êtres en souffrance. Bon, c’est très exagéré ! Car, nous savons bien que le monde médical est loin d’être un Empire galactique, mais quand même… Si Anakin Skywalker rencontrait Foucault peut-être que ça dégénèrerait aussi !?
Donc, admettons que sur la planète symptômes, certains « déraisonnables » ressentent le besoin de faire alliance avec leur corps-patient, ben… c’est pas si simple ! C’est le cas de Philippa MOTTE qui, parvenue à se rétablir, nous fait part de son expérience (JACC1CA). Elle est formatrice sur les enjeux de santé mentale au travail, coach et pair-aidante. Elle témoigne du statut de la parole et du ressentit en tant que patiente dans « son processus de rétablissement », et du « courage » qu’il faut pour s’« affranchir des recommandations », de ce poids du médecin lorsqu’il raisonne avec pouvoir et puissance médicale.

Confinement : un tête à tête avec moi-même

Alors que le confinement rallonge la liste des défis impossibles à tenir comme :

  1. Faire une accolade à un inconnu.
  2. Négocier une fois par jour, un café gratuit.

Ou au rabais de 10%, même combat !

  1. Se doucher à l’eau froide.

Passe encore. Bien que, lors du premier confinement c’était plus facile !

  1. Ne pas se plaindre.
  2. Pratiquer de l’exercice physique, tous les jours.

Pffff…

  1. Ecrire 10 Idées par jour pendant au moins une semaine.

J’peux pas j’ai piscine. À non, elles sont fermées !

  1. Ne pas rester tout seul, chez soi, enfermé. 

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Pour beaucoup, ces défis faisaient déjà partis de leurs réalités. Accompagnés et soutenus par des professionnels ils avaient pour recommandation thérapeutique de passer ces épreuves. Avec la crise liée à la Covid-19, il a bien fallu maintenir ces pratiques, mais comment ? (JACC2A)

Certains avaient tellement « mal à leur solitude » qu’ils ont risqués l’implosion. Dans l’urgence et le petit interstice des possibles, en Alsace, au printemps 2020, la pair-aidance s’est invitée et perdure encore (JACC2B).
Si chacun a pu éprouver les effets, parfois traumatiques, de ce confinement, pour les personnes qui vivaient déjà avec une maladie chronique ou un handicap, celles-ci ont dû faire face aux palpitations de leur détresse psychologique. L’enquête Coclico a étudié l’apparition et les facteurs de cette détresse lui permettant de défendre des mesures sanitaires mieux ajustées et adaptées à ses besoins (JACC2D).

CRe – CRe – CRe, un cri pas comme les autres.

« Aux Pays » de la Loire, une présentation croisée est rendue possible par l’intermédiaire de deux enquêtes. L’une porte sur le vécu des personnes souffrant de troubles psychiques et de leurs proches, menée par le CReSERC (Centre Référent en soins d’Éducation thérapeutique et de Remédiation Cognitive).
L’autre, par Crehab’S (Centre support régional des Pays de la Loire) et CReHPsy (Centre de Ressources spécialisé dans le champ du Handicap PSYchique) des pays de la Loire, s’est intéressée aux équipes de soins ambulatoires des établissements de santé mentale.
Ensemble, elles font état de ce que ce confinement est venu contrarier ou réorganiser dans l’offre des soins (accompagnements groupals, téléconsultations…) tout en permettant pour certains bénéficiaires de développer de nouvelles ressources (JACC3).