Edito JSIRP par Amélie Ponchel - Paris

Au contact direct de la maladie mentale et de ses multiples expressions, les professionnels du soin et du social sont des acteurs et témoins de première ligne en psychiatrie. Infirmiers, orthophonistes, psychomotriciens et chercheurs conjuguent leurs retours d’expérience et travaux de recherche afin de repousser sans cesse un peu plus les limites des connaissances et des pratiques dans l’accompagnement et la prise en soin en santé mentale.

Aux confins du normal et du pathologique

Quand les mots sont au cœur de tous les maux. Avec un mot, nous mettons une étiquette symbolique sur un objet ou une pensée. Mais l’accès à cet outil du langage fait parfois défaut : c’est le « manque du mot », sensation d’un insaisissable qu’on a sur le bout de la langue. Il peut aller jusqu’à amputer le discours et compromettre l’expression verbale. Quel sens donner à ces mots qui manquent ? Signe de fatigue, de stress, symptôme neurologique ou psychiatrique, ils peuvent altérer la qualité de vie et le fonctionnement quotidien. Ils nécessitent alors une évaluation et une prise en soin adaptée pour lesquelles les nouvelles technologies apportent des outils prometteurs. La relaxation via une immersion sensori-virtuelle pourrait aider des personnes souffrant de troubles cognitifs à accéder à une meilleure fluidité du langage, en agissant sur le ressenti et la régulation émotionnelle. Le clinicien pourrait aussi bénéficier des outils numériques pour détecter des modifications subtiles de paramètres graphiques, favorisant un diagnostic plus précoce de l’Aphasie Progressive Primaire (JSIRP1A).

Changement de regard – et de discours – sur la santé mentale. Les mots sont également un formidable objet d’étude lorsqu’ils se font l’expression de l’évolution de la psychiatrie et de la santé mentale dans nos sociétés. L’analyse du discours est un outil puissant d’information sur les mutations de la place des usagers des soins en santé mentale au cours de l’histoire. La parole constitue ainsi un témoignage des évolutions sociétales, où les frontières entre « normal » et « pathologique » sont questionnées (JSIRP1B).

Les frontières physiques

Tombent les murs de la psychiatrie. Avec l’évolution des stratégies de soins, les murs des services fermés, frontières physiques entre les « fous » et le reste du monde, sont appelés à être moins étanches. Cela questionne les équipes sur les pratiques soignantes et la préservation de la sécurité des usagers dans le respect de leur liberté. Les lignes bougent et le cadre de soin dépasse les limites qui étaient les siennes pour s’ancrer au plus près des attentes et besoins des usagers (JSIRP2A).

L’indispensable jonction pluriprofessionnelle dans la prise en soin transculturelle. L’accompagnement de personnes en situation de migration met face à une complexité (diversité linguistique et culturelle) qui nécessite une prise en soin coopérative pluriprofessionnelle. Cette approche sera illustrée dans le cas des enfants en situation de multilinguisme, pour qui la coordination des interventions (professionnels de l’enseignement, du soin, interprètes) et la formation des intervenants et des proches est cruciale (JSIRP2B). Les consultations transculturelles demandent elles aussi une adaptabilité des équipes pluridisciplinaires. Sera notamment présenté l’apport des « objets de l’exil » en tant que levier thérapeutique, à la fois support mnésique et émotionnel, vecteur de lien social et marqueur identitaire (JSIRP2C).

Le soin « au-delà des frontières ». S’intéresser aux pratiques en dehors de la France, c’est se donner l’opportunité d’apprendre dans l’échange interculturel. Nous découvrirons ainsi l’histoire et le développement de la psychomotricité en Algérie auprès d’enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme (JSIRP2D).

Les frontières entre acteurs

La nécessaire clarification des rôles. Le travail en santé mentale implique une approche holistique dans laquelle divers professionnels collaborent. Cette concertation nécessite une reconnaissance et définition des missions et places de chacun, en complémentarité. L’exemple des pratiques professionnelles en psychomotricité au sein des Centres Ressources Autisme sera présenté (JSIRP4B). La répartition des responsabilités entre Infirmiers de Pratique Avancée et cadres de santé sera également discutée, autour de l’exemple de la mise en place d’un programme d’éducation thérapeutique du patient (JSIRP4D).

Des fonctions en devenir, des identités à construire. Ces dernières années, le mouvement de désinstitutionalisation amène à une évolution des soins en santé mentale, centrés sur les valeurs et buts de l’usager et dans une perspective de rétablissement. Cette mutation s’accompagne de l’arrivée de nouvelles fonctions qui restent encore à faire connaître. La pair-aidance en santé mentale estompe les frontières entre malade et soignant et bouscule les représentations : le savoir expérientiel du trouble psychique est partagé et mis au service du rétablissement d’autres personnes (JSIRP3A). Le pair-aidant devient même un acteur de la recherche, entre chercheur et malade (JSIRP4C). Le champ d’action des soignants est également agrandi dans les missions de case-management qui impliquent un rôle de coordination des actions menées autour de la situation du patient. Cette approche est particulièrement utile dans les situations complexes, comme celles des personnes incarcérées souffrant de pathologies mentales, où la concertation doit inclure les secteurs pénal, pénitentiaire, médical et social autour du projet de soins et de vie du patient (JSIRP4A).

COVID-19, pandémie sans frontières

Une table ronde sera consacrée à des retours d’expérience et la présentation de données de recherche autour de la COVID-19. Cette pandémie bouscule les pratiques. Les capacités d’adaptation des soignants et des institutions sont sollicitées, ce qui sera discuté autour des exemples de la pair-aidance (JSIRP3A), d’une étude du vécu psychocorporel des personnels infirmiers (JSIRP3E) et du fonctionnement d’une unité spéciale COVID en psychiatrie (JSIRP3F). La maladie ainsi que ses conséquences (confinement, distanciation physique et sociale) retentissent également sur la santé mentale : stress des soignants (JSIRP3B), reviviscences d’états de stress post-traumatique (JSIRP3C) et suicides (JSIRP3D).