Edito Clinique - par Brigitte Ouhayoun - Paris

Point forts :
D07 Les enjeux de la détection précoces des troubles mentaux : entre prévention et stigmatisation trouver le juste équilibre
R08 Les différentes formes de catatonie : une revue illustrée de nombreuses vidéos pour mieux identifier et mieux traiter les catatonies endogènes

La communauté psychiatrique et neuroscientifique semble avoir, désormais, pris acte des limites inhérentes aux classifications des troubles psychiatriques fondées sur le dogme de l’athéorisme et du primat de la fidélité interjuge. Ce constat autorise un retour à des classifications nosologiques fondées sur des modèles théoriques, à la condition de tester les hypothèses qui sous-tendent ces modèles. Certains s’orientent vers le modèle médical, d’autres puisent leur inspiration dans des approches plus psychodynamiques et l’on verra que ces démarches peuvent s’avérer fécondes. Cette année 2020, le CFP se fera donc le relai de cette mutation des frontières cliniques qui, déjà annoncées l’année passée, s’affirment avec de plus en plus de force. Notre première expérience en e-Congrès apportera, également, un éclairage clinique à des enjeux de société actuels tels que : l’organisation du soin ou encore les violences sexuelles et conjugales.

Affiner notre lecture clinique pour identifier des profils cliniques spécifiques : une occasion de revoir nos classiques

Le souci de détection précoce des psychoses a mis en lumière l’importance d’un retour à une observation clinique fine ne négligeant ni les signes discrets, ni les symptômes psychomoteurs. Cette démarche a abouti à l’émergence du concept d’états cliniques à hauts risques. Une session nous proposera des exemples cliniques (FA09), une autre se proposera de débattre sur les enjeux d’un tel concept (D07). Une classification nosologique fondée sur modèle médical consiste à décrire des entités morbides et tenter de les rapporter à une étiologie et à des mécanismes physiopathologiques précis. C’est dans cette perspective que Wernicke Kleist et Leonhard ont mis au point la classification des psychoses dites endogènes. La WKL identifie plus d’une trentaine de phénotypes psychotiques qui prennent en compte toute la diversité sémiologiques, d’éventuels facteurs neuro-développementaux associés ainsi que l’aspect évolutif du trouble. Passées au crible de la recherche actuelle, certaines délimitations cliniques ont pu apparaître pertinentes. Plusieurs sessions s’emparent de cette classification avec un focus sur la catatonie (FA09, R08) et les troubles schizo-affectifs (FA09, P030).

Pourquoi les troubles de la personnalité sont-ils à la reconquête d’une place centrale dans la discipline psychiatrique ?

Parce que les recherches en psychopathologie et en neurobiologie ont fourni une base empirique aux formulations théoriques sur les personnalités limites formulées par O. Kernberg (C2020). Parce que des stratégies psychothérapiques individuelles et groupales pour les patients porteurs du diagnostic de personnalité borderline se font de plus en plus standardisées, intégratives et efficaces et qu’elles se prolongent, désormais, par des programmes à destination des familles (S16). Parce qu’il devient désormais possible de rendre complémentaires des notions aussi différentes, sur le plan épistémologiques, que le TDAH et le concept de « pathologie limite chez l’enfant » développé par R. Mises dans les années 80 (FA23A). Parce qu’il est impératif de coordonner la prise en charge de nombreux spécialistes (psychiatres, neurologues, kinésithérapeutes, neurophysiologistes…) pour la prise en charge de troubles complexes tels que le trouble neurologique fonctionnel (D02). Parce qu’enfin, certains diagnostics connaissent des migrations entre l’axe 1 et l’axe 2 du DSM (FA25).

Eclairages cliniques sur des enjeux de société actuels

L’organisation du soin psychiatrique peut-elle prendre en charge les états mentaux à haut risques? (D07), Est-elle en capacité d’intégrer les pratiques d’accompagnement au rétablissement ? (R01). Pourquoi le syndrome d’aliénation parentale fait-il débat? (D04). Comment distinguer une sexualité normale d’une sexualité pathologique ?, Peut-on identifier des profils de personnalité à risque de comportement sexuels violents ? Comment la profusion de pornographie influence-t-elle notre rapport à la « norme sexuelle » ? (FA15, FA30). Autant de questions d’actualité qui seront largement documentées.

Cette année 2020, nous n’irons pas à Strasbourg. C’est depuis notre ordinateur que nous assisterons au déploiement de cette clinique actuelle qui se confronte à la complexité, se ré-engage dans l’élaboration de modèles théoriques. Une clinique nouvelle qui renonçant à l’athéorisme de ses classifications, laisse libre cours à certaines fusions théoriques et associe des pratiques thérapeutiques réputées antagonistes. Peut-être faut-il puiser dans ce constat d’une plus grande liberté un peu d’optimisme et l’espoir dans des jours meilleurs.