Édito - Psychiatrie de la Personne Âgée par Lizzie Clavereau - Paris

« Je m’éveille dans ce lupanar impossible
Moi l’eau du paradis
L’ogre des galaxies
Je fais un genre
Je fais un genre humain »
Extrait de « Genre Humain », Brigitte Fontaine, 1995

À l’occasion de la 12e édition du Congrès Français de Psychiatrie (CFP) prévue du 25 au 28 novembre 2020, les deux dernières journées (27 et 28 novembre 2020), toujours sur la plateforme du e-CFP se tiendra la 5e Journées de Psychiatrie de la Personne Âgée. Il est question de risque suicidaire, de prévention, de troubles psychiatriques ou de ces symptômes psycho-comportementaux dans les démences, de gérontotechnologies ou de ces innovations. N’en devienne pas moins que pour l’heure, comme le dit Brigitte Fontaine, « Nous sommes tous confinés, tous confits ». Heureusement que la télécommunication existe, avec le CFP, nous allons avoir de quoi patienter la fin du confinement.

Les vieux sont partout

La vieillesse ne connait pas les frontières. « D’ici 2050, les personnes âgées de plus de 60 ans devraient représenter dans les pays développés 33 % de la population totale ». Croiser les expériences de différents pays c’est permettre à chacun de s’interroger et de compléter ses réflexions, d’éprouver ses solutions. C’est ainsi que le Comité International du CFP rassemble trois pays riverains de la Méditerranée, une session présidée par l’un de ses membres, le Professeur Ulrich Hegerl.

Pour cette première session, nous partirons à la rencontre des rives africaines, du côté de l’Algérie (JPPA1A) et de la Tunisie (JPPA1B) qui du fait de récentes modifications socio-familiales ajoutées au vieillissement de la population sont nouvellement confrontées à la question du « bien vieillir ». Malgré une profonde réflexion et une volonté de faire mieux, nous savons combien il est complexe de trouver l’équilibre d’une triade éthique, économique et d’assistance, auprès de la personne âgée dépendante. Et, l’expérience de la crise de la Covid-19 ne nous contredira pas !

La question est d’identifier si les modes d’accompagnements des résidences séniors ou institutions médicalisées, déjà connues sur la rive française, sont adaptées aux pays nord-africain où les identités culturelle, économique et familiale ont conservé un sens majoritairement traditionnel.

La folie, ça ride. Et, ça ne plie pas que la peau !

De la banlieue ouest de Lausanne, à la banlieue sud-ouest Parisienne en passant par celle au sud de Beyrouth, « les fous » sont tous pris dans la tourmente du vieillissement mondial. Faisons le point sur ce qu’il est encore possible de mettre en place de manière préventive et les voies d’améliorations, ça mérite un symposium en direct (JPPA2). Car, si la population générale vieillit, il en est de même pour les sujets atteints de schizophrénie. À Issy-les-Moulineaux, un service psychiatrique s’interroge sur l’évolution des troubles cognitifs et la prise en charge de ces personnes de manière à mieux accompagner leur quotidien. Vers une meilleure qualité et autonomie de vie, il s’agit d’anticiper l’institutionnalisation précoce (JPPA1C).

L’approche scientifique basée de la Théorie des histoires de vie (Life history theory), branche de la biologie évolutive, tente également de répondre à cette vaste question de l’évolution clinique de la schizophrénie chez les personnes vieillissantes (JPPA2A). Par ailleurs, sachant que le taux de mortalité est plus important dans cette population que dans celle ne présentant pas de troubles psychiatriques, ça requiert de s’en interroger (JPPA2B).

Comme une évidence, il semblait essentiel de déterminer la fréquence du dépistage et la prévalence du syndrome métabolique ainsi que ses facteurs associés chez les personnes âgées atteintes de schizophrénie. C’est ce qui a été fait sur une cohorte d’individus atteints de schizophrénie âgés de 55 ans ou plus (n = 353) (JPPA2C).

Vieux ou Fou ? C’est flou !

Entre un tableau clinique des troubles psychiatriques et des troubles neurodégénératifs, la frontière est fine. Elle est si fine et fragile que poser le diagnostic relève du défi.

Le diagnostic différentiel pourrait permettre un coup de pouce au clinicien même si les maladies dégénérescentes telles que la maladie d’Alzheimer (JPPA3A), la dégénérescence Lobaire Fronto-Temporale (JPPA3B) et la dégénérescence à Corps de Lewy (JPPA3C) ont chacune leurs particularités et atypicités psychiatriques.

Depuis Alger, nous bénéficierons de l’étude d’un cas pour présenter la manière dont les manifestations psychiatriques peuvent précéder voire masquer l’entrée dans une démence cognitive et en retarder du même coup son diagnostic (P065). D’ailleurs, une fois qu’ils sont identifiés, les facteurs d’un épisode dépressif tardif chez les plus de 60 ans peuvent servir de points d’appui préventif (JPPA5A).

Le mariage entre Psychiatrie et Personne âgée désormais reconnu

L’Association Nationale des Internes de Psychiatrie de la Personne Agée nous dressera les contours de ce que cette discipline apporte et les limites auxquelles elle se confronte depuis 2017, qu’elle existe (JPPA5C). Ce couple reconnu d’utilité publique se maintient comme une évidence dans ce droit d’exister. Et socialement alors, ça donne quoi ? Parce que la cognition sociale ou la capacité à se forger une représentation mentale de soi, des autres et de nos relations, tout cela, dans la maladie d’Alzheimer c’est pas non plus du gâteau (JPPA5B).

Y’a du nouveau

En direct, l’expert Frédéric BLANC du CHU de Strasbourg présentera les symptômes et marqueurs précoces dans trois atteintes neurodégénératives : la maladie d’Alzheimer (Dr Aurélie MOUTON), la maladie à corps de Lewy (Pr Frédéric BLANC) et la maladie de Parkinson (Pr Gilles FENELON). Seront détaillés notamment l’apport de nouveaux critères diagnostics, des données issues des technologies de l’information et de la communication ainsi que des nouveaux outils d’exploration paraclinique (R11).

La technologie, y’a pas que chez les jeunes qu’on est dans le coup ! La gérontotechnologie a de l’avenir devant elle et le Dr Renaud DAVID, du Centre de Mémoire de Ressources et de Recherches (CMRR) du CHU de Nice, nous en parle (JPPA6B).

Tout ce qui peut freiner et prévenir l’évolution des symptômes psycho-comportementaux en lien avec la démence (SPCD) est bon pour soulager et prévenir l’épuisement des aidants. C’est le cas de l’Echelle Mild Behavioral Impairment ou Checklist (MBI-C), que nous présentera le Dr Julien VERNAUDON (responsable de l’Unité Cognitivo-Comportementale du CHU de Lyon). Elle est en cours de validation mais s’emploie à identifier le plus précocement possible les symptômes neuropsychiatriques NPS (JPPA6A). Toujours côté innovation, quelques nouvelles molécules (pimavansérine, AVP 786, canabidiol) sont en ce moment même testées, de partout le monde (des Etats-Unis, en Europe ou au Canada), en cours d’études ou approuvées pour le traitement des SPCD (JPPA6C).

La sismothérapie ou électroconvulsivothérapie (ECT) rencontre des facteurs de bonnes réponses chez le sujet âgé atteint des troubles de l’humeur (JPPA7A). Il s’agit néanmoins d’en intégrer les actions pro-cognitives pour limiter autant que possible les risques de perte de la mémoire et en garder le maximum d’intérêt (JPPA7C). Pour les symptômes neuropsychiatriques dans les troubles neurocognitifs, nous pouvons nous demander si l’ECT aurait des indications (JPPA7B).

Ça m’dégoûte.

Toujours en direct, la bonne nouvelle c’est la « baisse du suicide au cours des trente-cinq dernières années ». Observée depuis 1985, elle ne concerne pas seulement la France mais « l’immense majorité des pays développés ». Ainsi, il serait possible d’intervenir sur les causes engendrant l’acte suicidaire. Christian BAUDELOT est professeur émérite de sociologie au département de sciences sociales de l’Ecole normale supérieure (Paris) et chercheur au centre Maurice-Halbwachs. Il analyse les avancements dans la prise en charge (médicale et non médicamenteuse) et la prévention de ces risques suicidaires (JPPA8A). Il semblerait qu’il existe un lien avec les troubles ou modifications du traitement de l’information émotionnelle (ne pas reconnaitre certaines expressions faciles), notamment pour l’émotion du dégoût. Les paramètres oculomoteurs (durée et orientation de la première fixation et la durée totale de la fixation) en réponse à des expressions faciales émotionnelles (joie, surprise, peur, dégoût, colère, neutre) pourraient nous permettre d’y voir plus clair (JPPA8B).

En cette période de confinement, il est presque ironique mais nécessaire de rappeler l’importance de la relation avec les « autres du genre humain ». À travers des entretiens de personnes âgées suicidantes et suicidaires, l’étude OBSUIVAL, présente l’impact des relations et interactions sociales auprès de cette population sur le risque du passage à l’acte suicidaire mais également sur la perte de ces capacités d’inhibition (JPPA8C).