Édito - Thérapeutique par Renaud David, Nice

Tempête Alex, Covid, attentats…..Cette année 2020 sera, à n’en pas douter, une année importante pour les soins en santé mentale et dans les réponses thérapeutiques à proposer aux populations, tant l’actualité mondiale aura éprouvé notre capacité de « résistance » psychique individuelle et collective…Alors, vous, psychiatres, dont les mois à venir s’annoncent bien occupés, plusieurs sessions de thérapeutique du CFP 2020 vous permettront d’aborder probablement plus sereinement la tâche post-confinement qui vous attend !

« Help ! I need somebody Help…! »

Aller au-devant de la demande ou la clinique de la « non-demande », enjeu certain des prochaines semaines pour tous les professionnels en santé mentale, c’est ainsi que les équipes mobiles de psychiatrie peuvent permettre de sortir les familles de leur isolement et de réactiver les liens parfois absents. Un symposium illustrera les activités de ces équipes à travers différentes pratiques, de l’enfance jusqu’à l’âge avancé (FA17).

Les techniques non pharmacologiques

Quand les populations se dépriment de manière chronique, l’approche psychothérapeutique de type CBASP ou « technique d’analyse interpersonnelle cognitive et comportementale » (technique de référence dans plusieurs pays européens pour la prise en charge de la dépression chronique qui touche environ 2% de la population) semble présenter un intérêt tout particulier en tenant compte des traumatismes interpersonnels précoces ayant bloqué le développement émotionnel et empêchant ainsi le raisonnement relationnel et le contrôle émotionnel. Cette technique permet de constater l’inadaptation des comportements et de les corriger par une approche pro-active inspirée des TCC (R14). Cette session fera écho au symposium sur les actualités dans le trouble de stress post traumatique (TSPT), qui explorera les liens étiopathogéniques réactualisés entre corps et esprit dans le TSPT, ainsi que l’apport de différentes méthodes psychothérapeutiques du TSPT comme le brainspotting (technique avec simple fixité oculaire et techniques intégratives en fonction du type de traumatisme vécu) (S10). De même, la session sur le neurofeedback sera une seconde illustration des techniques non pharmacologiques efficaces, bien qu’encore peu utilisées en France, dans la prise en charge du trouble anxieux, de la dépression, du TDAH (S18).

Laisser l’étincelle survenir

Pour les plus réticents aux nouvelles techniques, les habitués de l’électroconvulsivothérapie pourront mettre à jour leurs connaissances sur les traitements qui peuvent être associés à l’ECT pour une efficacité optimale : quels traitements généraux (bétabloquants, antihypertenseurs, anticoagulants, antidiabétiques…) ou psychotropes (benzodiazépines, antipsychotiques, antidépresseurs, thymorégulateurs) peut-on maintenir lorsqu’on souhaite proposer un traitement par ECT ? Pas de consensus à ce jour, mais des éclairages récents sur la question  seront proposés (R04).

La fin d’un tabou ?

Quand le monde devient fou, faut-il céder au pouvoir parallèle du champignon …? psilocybine, mescaline, LSD…tous ces noms raisonnent en vous, souvent, comme l’accès à un paradis artificiel dangereux. Pourtant, les psychédéliques sont des agonistes partiels des récepteurs sérotoninergiques 2A bénéficiant d’un net regain d’intérêt médical actuellement. Leur utilisation thérapeutique vous sera présentée au cours d’un symposium. Après le cannabis thérapeutique en vente libre contrôlée, de nouvelles orientations à considérer ? (S22).

Les benzodiazépines, psychotropes les plus prescrits encore actuellement, présentent des risques non négligeables, parfois sous-estimés des prescripteurs, notamment dans certaines conditions psychiatriques ou en co-prescription. Leurs usages (risques et mésusages) seront présentés dans les pathologies addictives, dans l’usage hors recommandations et chez le sujet âgé (S12). Le valproate (et ses risques tératogènes) a été un autre sujet d’actualités ces derniers mois. Une session fera le point des solutions thérapeutiques à proposer aux femmes en âge de procréer et présentant un trouble bipolaire (S28).

Couplages gagnants

Les approches thérapeutiques combinées seront également à l’honneur avec la session sur la prise en charge précoce de la schizophrénie, qui illustrera comment le couplage d’un traitement antipsychotique et de techniques d’amélioration des situations de stress (notamment en milieu urbain par la méthode dite de « remédiation urbaine »), permet l’obtention de la rémission symptomatique pour ¾ des patients. L’apport supplémentaire des explorations de l’état inflammatoire et des mesures d’activité cérébrale en imagerie permettent d’imaginer une psychiatrie de précision dès les phases initiales de la maladie (S03). Les stratégies thérapeutiques permettant d’éviter les effets secondaires fréquents et habituels seront également discutées, notamment sur la question récurrente du syndrome métabolique et de la prise de poids (FA04). A l’échelle macro, la question des nouveaux dispositifs de soins incluant la santé mentale dans un parcours intégré sera abordé dans une session dédiée, avec présentation d’exemples de Projet Territorial de Santé Mentale (PTSM) permettant l’intégration de nouveaux modèles d’organisation de soins plus adaptés, notamment dans la prise en charge précoce (avec, par exemple, l’intégration, chez les enfants et adolescents, d’une prise en charge couplée somatique/santé mentale ; ou bien encore un parcours ville-hôpital sur un modèle de « responsabilité populationnelle », permettant la coopération entre professionnels exerçant en ville et en hôpital) (FA12).

En souhaitant que ces nouvelles opportunités thérapeutiques nous amènent à penser rapidement : « Yesterday, all my troubles seemed so far away…. »