Édito - Psychiatrie et société 2020 par Margot Morgiève, Paris

Cette année, les thématiques du CFP sont très… « 2020 » : maltraitances, humiliations, harcèlement, pollution, neurotoxicité, euthanasie, suicide médicalement assisté… Les psychiatres vous proposent d’explorer le côté sombre de leur discipline, les scandales, les dérives conceptuelles, les situations où ils sont impuissants, manipulés, eux-mêmes harcelés… Cet espace de réflexivité, loin d’être clos, s’ouvre sur des dimensions sociales, éthiques, politiques, philosophiques et morales. Le CFP vous invite donc, en cette année exceptionnelle, à découvrir toutes ces dimensions de manière entièrement virtuelle.

Maltraitance professionnelle : mais que font les psychiatres ?

Les violences managériales modernes et leur lot d’objectifs inatteignables, d’humiliations, de dénigrement, de harcèlement semblent à l’origine d’un nombre croissant de syndromes dépressifs sévères et de burn-out. Si le burn-out n’a été naturalisé ni dans/par le DSM5 ni la CIM11, il est devenu une réalité de terrain et la « maltraitance professionnelle » un motif de consultation croissant.

Quel est alors le rôle du psychiatre ? Soutenir le patient comme victime ? Risquer de développer un sentiment d’impunité chez des managers sans scrupules ? Peut-il lever le secret professionnel ? Risque-t-il d’être « manipulé » pour obtenir une indemnité ? Venez en débattre en direct au D05.

Pollution, urbanicité, santé mentale : liaisons dangereuses

L’exposition à la pollution pendant la grossesse et la petite enfance et sur la vie-entière est associée respectivement au risque de trouble du spectre de l’autisme (TSA) et de schizophrénie. Le suicide est également corrélé aux pics de pollution. Quant-au niveau d’urbanicité (densité de population), il est associé à la dépression, aux TSA, à la schizophrénie et aux troubles anxieux. Suite à ces constats, et pour ne pas sombrer eux-mêmes dans la dépression, les citadins du CFP pourront regarder M. Melchior esquisser des pistes de ce que serait une « ville bonne » pour la santé mentale d’après des résultats surprenants d’interventions ayant eu pour but de modifier les conditions de résidence des personnes. Vite, c’est au symposium S08.

Flirt avec la mort

Légiférer sur la question de fin de vie a des impacts essentiels sur le tissu social ainsi que sur la conception sociétale de la médecine. Depuis 2002, l’euthanasie -pour raisons psychiques exclusives- est possible en Belgique. Cette loi ouvre la voie à des dérives conceptuelles. D’aucuns promeuvent ainsi l’euthanasie dans le cadre des maladies mentales « afin d’éviter que ces personnes ne doivent se suicider dans des modalités brutales » ; militant pour le « suicide médicalement assisté ».

Ces revendications émergentes d’une « vie digne d’être vécue » et d’un droit à mourir médié par une aide médicale dépassent le seul champ de la santé (mentale) et s’ouvrent sur des dimensions socio-politique, de philosophie politique et de morale. Pas besoin d’être assisté pour partciper en direct au symposium S24.

Le côté obscur de la force (numérique)

Sur la trace des Pink floyd, J. Swendsen, G. Dumas & K Ouazanni-Touhami nous permettront d’exlorer « The Dark Side of the Moon » de la psychiatrie numérique. La psychiatrie représente un défi méthodologique car elle exige de capturer simultanément le biologique, le psychologique et le social. Or, de nouvelles approches tentent de relever ce défi en explorant les phénomènes psychiatriques depuis leur niveau étiologique (identification de nouveaux biomarqueurs et simulation de mécanismes physio-pathologiques in-silico) jusqu’au niveau sémiologique (stratification des troubles et cartographie des symptômes et de leurs relations). Ces nouvelles méthodes et ces nouveaux flux de données de santé (système d’information et cloud) ouvrent des perspectives inédites en santé publique interventionnelle, non sans risques, si l’on considère par exemple le récent scandale de Cambridge analytica. Tentés par une recontre sur la lune ? Ça se passe au symposium S02.

Qu’ont en commun les psychiatres, les gynécologues et les chirurgiens ?

Une étude épidémiologique observationnelle transversale destinée aux jeunes médecins (MESSIAEN -MEdical Students Suffering from their professIonAl ENvironnementest) a identifié que 41,7% des participants souffrent de harcèlement moral. En tant que spécialité, la psychiatrie (comme la gynécologie obstétrique et la chirurgie) est associée à un risque plus élevé de harcèlement moral tout comme une formation initiale de faible qualité. Le harcèlement est également associé à l’âge, au nombre de gardes mensuelles et au nombre d’heures travaillées par semaine ; à une augmentation du trouble anxieux, du trouble dépressif majeur et à une prise quotidienne d’antidépresseur et d’anxiolytiques… Tout est en images au poster P077.

Twitter ou Lancet, c’est à chacun de choisir (ou pas)

N. Rainteau, G. Fond & JV. Blanc vous proposent cette année trois questions pour orienter l’avenir de la psychiatrie :

– « Points SIGAPS ou nombre de LIKE : qu’est ce qui fait vraiment avancer la psychiatrie ? »

– « Votre chat peut-il vous rendre bipolaire ? -Retour de dix ans de communications scientifiques et médiatiques- ? »

– « La psychiatrie doit-elle s’inspirer de Britney Spears pour accéder à la popularité ? »

Venez les LIKER au symposium S27.